À 96 degrés Fahrenheit, une torride nostalgie des hivers passés à Salem dans le Massachusetts me surprend.
Dix heures du soir, décembre 2007, 40 ºF. Je me balade dans les rues de Salem, admirative de la neige qui scintille, nacrée de l’éclairage bleuté des réverbères. La bottine légère et le sourire aux lèvres, je fredonne un cantique de Noël. Il fait froid et sec. Les autochtones sont tous emmitouflés, recroquevillés derrière leurs cheminées fumantes, buvant des litres de cidre de pomme chaud épicé. Cedar Street est à moi. La ville, mienne. Immunisée contre le froid, mes poumons prennent voix et chantent à tue-tête « Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’hiver… ».
Un verglas, complice de ma presbytie, et me voilà, les quatre fers en l’air à ausculter un ciel bas, obscur. Pas d’étoile polaire pour m’indiquer le Nord magnétique. La ville est belle. Je me fais un bonhomme de neige, Marcus, qui durera le temps de l’hiver.
12 février 2008. À la sortie des cours du soir, il neige. Je suis la seule terrienne [inconsciente] déambulant à Salem. Le sol, une voie lactée à mes pieds ; et une pluie de fils d’argent m’enveloppe. Décorée comme un sapin de Noël, je me prends pour la Reine des Neiges.
Statut qui ne dure que quelques minutes, le temps que la gravité terrestre, à vingt et une heures trente-six minutes et vingt-deux secondes pour être exacte, me rappelle mon humble origine mortelle.
Mes velléités altières sont promptement sanctionnées, mon côté droit paie lourdement les conséquences de mon usurpation : fesse endolorie, cheville luxée et poignet palpitant. Rien de bien grave si on exempte mon orgueil.
Serait-ce la ménopause qui finalement prévaut ? Entre les chutes à répétition et le sauna estival, je vote sans conteste pour la culbute dans la neige.
15 juillet 2024
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