J’ai un rapport singulier avec les livres. Parfois, je déteste un livre et je suis charmée par son auteur. Ce fut le cas récemment avec Nabokov dans Lolita. À d’autres occasions : je tombe en amour avec un certain danseur de tango du siècle dernier, né de l’imagination d’Elsa Osorio ; ou je suis terrassée quand l’ombre de l’homme de l’oliveraie arrête de grandir dans Le Cœur Cousu de Carole Martinez. Et, je deviens écume avec Marina, la petite sirène d’Andersen [pas celle défigurée par Disney].
Ceci dit, cela fait deux semaines que je suis au bagne avec Jean Genet. Je le traîne quotidiennement avec moi. Bourrelet pendu à ma chaise dans un mignon petit sac de carton rouge. Pourtant, j’arrive difficilement à lire plus de quelques lignes d’affilée [entre deux parties de Candy Crush]. La lecture du Journal du Voleur me fait l’effet de quelque chose de tordu qu’il me faut à tout prix dénouer. Je suis désespérée car je sais que je vais le finir. J’espère une surprise, une rédemption qui ne viendra probablement pas.
Aujourd’hui, le livre a pris la poudre d’escampette. Mettre à sac la librairie n’aura servi à rien. Il est introuvable. L’aurais-je encore une fois fourgué à l’un de nos clients par inadvertance ? Si oui, ça devient une mauvaise et coûteuse habitude.
Cette disparition serait-elle ma surprise ? Ma rédemption ? Ma joie ?
C’est mal me connaître. Comme l’inachevé me laisse un goût âcre à la gorge et que j’aspire au point final. Terminer un livre entamé ne m’est pas négociable. À ma raison défendante, je le mets dans le panier des commandes à venir.
2 h 50 PM, un appel téléphonique m’apprend que Genet m’attend chez mon coiffeur pour être ramené à la maison.
J’ai les larmes aux yeux.
26 avril 2014
Proposition de lecture



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