L’eau et moi. Une montagne russe. Un amour compliqué. Une relation faite de vertes et de pas mûres… Par contre, les douches froides sont nombreuses, régulières et mémorables, à  en perdre haleine.
Rien à faire. L’appel de l’H₂O m’est immuable.

Ceci dit, je l’aime à température ambiante. Liquide, onctueuse. Jamais visqueuse. Toujours fluide. Elle se doit d’être tropicale et tempérée (28–30 °C). Interdiction de se transformer en neige, glace ou verglas. Du pingouin, je ne possède que la démarche. Le froid n’a droit de passage qu’à travers mon regard de Méduse. L’inverse est aussi vrai. Du sauna, j’ai le syndrome de l’homard. J’ai des vapeurs quand l’eau bouille.

Son écume a fait de moi une sirène depuis mon plus jeune âge. Douce ou salée, je mousse, et elle m’accommode. Une prédilection me tient rivée à l’eau potable, au pH neutre, où le courant me conduit fréquemment au lit de l’Artibonite (même si j’ai commis quelques indiscrétions avec les chutes de Saut-Mathurine et joué à l’ondine dans le canal de Camp-Perrin).

À l’immensité bleue de l’océan, où le flux et le reflux des vagues marines taquinent mon équilibre, je préfère le vert éclatant, chatoyant et souvent tendre des courbes sinueuses de la rivière.

2012 fut l’année de ma rencontre avec le río Fula et ses trois bassins en escalier. Que d’heures passées à barboter dans son antre ! Il m’en pousse des écailles et un teint d’écrevisse. Ma mémoire en est encore assoiffée, de son onde limpide vert-jade amniotique.

Dans l’enfer estival qu’était 2024, en visite chez MaTía, de l’autre côté de la frontière, j’ai voulu retourner à la source. J’ai convaincu MaTía et son mari ElTío qu’une expédition fluviale relevait du pèlerinage.

Le cœur léger, derrière nos lunettes de soleil, miroite une journée idyllique à la campagne, au bord de la rivière. Je me voyais déjà retrouver mon enfant intérieur, ma petite sirène, mon ondine des eaux douces. L’effervescence bat son comble. ElTío, MaTía et yo, maillots de bain festifs : aquamarine pour la Tía, jaune poussin pour moi, et celui du Tío, d’un rouge vif rivalisant le cardinal tetra fraîchement importé du Brésil. Chapeaux de paille, fermement ancrés sur nos têtes, nous nous dirigeons gaiement vers la campagne, la verdure et le chant des ruisseaux, au tempo d’une ancienne chanson.

♪ « Un kilomètre à pied, ça use, ça use, un kilomètre à pied, ça use les souliers » ♫

Après une heure d’escalade, nous nous arrêtons çà et là, à la recherche des affluents du Fula (nous n’avions pas de GPS, seulement quelques panneaux routiers et de bons samaritains pour nous indiquer le chemin).

Au bout d’une transversale, le mirage fut !
Fula squattérisée ! Enduite de béton, à côté d’elle, une piscine au parfum de chlore s’époumone en espagnol. Totale liquéfaction de mon côté. Chez Fula : ses cascades et cuvettes, des rocailles où transitent de maigres filets insalubres, qui s’incrustent péniblement entre chaises en plastique et parasols bariolés, où s’avachissent des humanoïdes.

Sous un soleil de plomb, le cœur en dérive, nous regagnâmes la ville, où nous fûmes accueillis par un orage d’été, ce qui me réconcilia avec mère Nature, exorcisant ma tempête intérieure.

Il n’y a de lieux qui n’existent plus que dans ma mémoire.

J’entends encore aujourd’hui la voix joviale d’ElTío, scandant avec humour et force le nom Fouuuuuula, à l’instar du mot gooooooooal exécuté par un chroniqueur sportif lors de la séance de tirs au but d’une finale de Coupe du monde, où les adversaires seraient : Brésil vs Argentine.

28 janvier 2026

PS : Petit conseil de lecture pour prolonger l’ambiance nostalgique de ce texte : La Petite-Fille de Bernhard Schlink. Depuis ma première lecture en 2022, la justesse et la sobriété avec lesquelles il dépeint les personnages et leurs situations sont restées profondément ancrées en moi, faisant de lui mon auteur pôle Nord.

En voici quelques phrases , pour t’en faire toi-même une idée.

Bonne lecture !

[…]Ceux qui sont restés ne peuvent plus se réjouir. Ceux qui sont partis ne peuvent pas y revenir ; leur exil est sans fin.[…]Le pays et le rêve sont perdus irrémédiablement.

  La Petite-Fille

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Je suis Dominique G.

La lecture est ma passion, l’écriture mon évasion ou… vis-vers-ça ? Qu’importe ! Je vous invite à me suivre, dans ce petit coin de la toile, et d’adhérer à mon blog “littéraire” : Domino’s scribbles ou les anecdotes de Dominique suivi de Koze mande chita. Ici, je me propose de partager avec vous, en vrac, mes lectures et quelques anecdotes de mon quotidien. Enfin, mes coups de cœur ou de gueule en français, anglais ou créole… voire dans les trois langues à la fois . 

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