Moelleuse, Bonhomie de Pain d’Épices a endossé son nom de guerre à la suite d’une altercation entre elle, Big Pharma et son bras droit, les assurances médicales Toupizi. Depuis, elle ne jure que par la médecine traditionnelle.
Si elle n’a rien contre les M.D., elle nourrit une rage de dents incommensurable à l’encontre des médocs et de leurs intarissables listes d’effets secondaires. Elle préfère aller à la source. Herboriste amateure, elle concocte toutes sortes de tisanes, potions, décoctions et onguents, glanés sur la toile ou au fil de conversations informelles anba bouch kèk gran moun ak Doktè Fèy.
Femme pragmatique, elle le fait, bien entendu, à l’insu de ses médecins traitants. Elle virevolte entre les courants modernes à la pointe de l’IA — dite LiyA — et les racines ancestrales du mapou d’origine, suivant le flux ou le reflux de la maladie et des symptômes. Madame demeure convaincue, contrairement à l’opinion publique, que le contemporain et le traditionnel ne sont pas en opposition. Ils sont compatibles, voire complémentaires, même si, dans son cas, la main droite ignore royalement les initiatives entreprises par la gauche.
Née à la croisée des chemins, Bonhomie de Pain d’Épices se veut le lien entre l’Ancien Testament et les percées de LiyA. Elle croit dur comme fer que les deux peuvent fusionner. Pourquoi vivre à scalpels tirés ? Le chemin vers l’union est-il si farfelu que cela ? [Dans ce monde. Actuellement, cela frôle l’utopie.]
Dérogeant aux visions apocalyptiques où se fourvoient les M.D. et les Doktè Fey, elle a fait de son corps le symbole et le porte-parole. De ce corps-temple, elle en prend soin de la tête aux pieds. Les travaux de réaménagement sont oléagineux.
Soins corporels de Bonhomie
Cabeza : massage intensif matin et soir à l’huile essentielle de romarin — pour combattre l’alopécie galopante qui chevauche sa crinière. [La perruque sous les tropiques laisse à désirer. La chaleur caribéenne est torréfiante, sans oublier son séisme personnel : la ménopause.]
Aisselles : huile de coco et bicarbonate de sodium.
Genoux : potion secrète de sa marraine la fée. Elixir aux arômes de menthe et effluves de citronnelle. Ils lui pourlèchent les babines. (Un Pinga impératif de sa sorcière bien-aimée lui scelle les lèvres. Interdit d’y goûter.)
Doigts de pieds : vinaigre de pomme et un soupçon de poudre d’ail pilé.
Gommage intégral : une fois par semaine, sa peau-parchemin est lissée sous un savant dosage d’huile de maskreti et de nigelle, saupoudré de gingembre, de clou de girofle et de muscade.
Ainsi macérée, Bonhomie est le ceviche des cannibales.
Mais il y a toujours un « mais ». Il faut faire gaffe et respecter les mesures indiquées. Ce n’est pas comme en cuisine, où l’on peut improviser et remplacer un ingrédient par un autre. Il y a des conséquences à toute effraction. Le non-respect a fait de Bonhomie une émule du Dr Jekyll et de Mister Hyde.
Ci-dessous, un portrait de Dantò Doll : feu Bonhomie de Pain d’Épices. N’est-elle pas belle à croquer?

Lexique pour mieux comprendre certains mots
Anba bouch kèk gran moun ak Doktè Fèy
En écoutant des adultes et des pratiquants de la médecine traditionnelle haïtienne discuter.
Cabeza
Espagnol ou portugais pour « tête ».
Pinga
Une interdiction, un avertissement du type « ne pas faire ».
Maskreti
Huile de ricin utilisée pour les soins corporels.
Ceviche
Espagnol. Plat de poisson cru mariné typique d’Amérique latine.
Dantò Doll
Nom propre inventé, inspiré du mythe des poupées vaudou.
20 janvier 2026

Laisser un commentaire