Disclaimer : À ceux et celles qui présument que mes histoires sont véridiques ; que nenni ! Je fais dans l’autofiction. Mon vécu sert de tremplin à ma créativité. Je possède une imagination débordante ; donc, n’allez pas prendre au pied de la lettre tout ce que vous lisez !
La famille nucléaire, je ne connais pas ; la mienne est tentaculaire. Ma grand-mère maternelle était la petite dernière d’une fratrie de onze ; la paternelle, l’aînée de cinq. Elles ont toutes deux déserté leur province d’origine (Jérémie du côté de ma mère, et le Cap-Haïtien pour mon père). C’est ainsi qu’a commencé l’exode qui, un demi-siècle plus tard, sera le goulot d’étranglement de Port-au-Prince et ses environs. Mais nous n’en sommes pas encore là.
Back to the future. Je suis une bambina dynamique et choyée. Entourée d’oncles, de tantes, de cousins, de cousines, de parents, d’amis et d’alliés. Toujours à courir d’un anniversaire à une fête champêtre, d’une soirée de carnaval à une chasse aux œufs de Pâques. Ingurgitant à qui mieux mieux gâteaux, beignets et chocolats. Le tout multiplié par deux pour ma plus grande joie gourmande. Se san pran souf.
Mes deux grands-mères, matriarches de leur famille respective, exerçaient une juridiction de fer sur mes dimanches. Bien que pratiquant le catholicisme à outrance, il demeurait entendu que si je pouvais faire l’impasse sur la messe du dimanche il était hors de question que je rate la journée familiale qui réunissait quatre générations consanguines. [Je crois bien que c’est de là que vient le transfert au samedi après-midi de la messe dominicale. Un compris convenu entre elles et l’Église. Elles avaient toutes deux leur Monseigneur Attitré et leurs confessions bihebdomadaires]
Ainsi, j’alternais, un dimanche sur deux chez l’une ou chez l’autre de mes grands-mères, au plus grand bonheur de mes papilles gustatives et au grand dam des péchés capitaux et de mon embonpoint.
Ce dimanche-là, je me trouvais chez Blue. Sur la panetière, entre la traditionnelle poule peyi en sauce, le riz et pwa kole aux lardons et les frites importées, du haut de mes huit ans, je lorgne une pizza qui n’en est pas une.
Nom officiel : Tarte à l’oignon. Tout nouveau, tout beau. Benjamin, de deux ans mon cadet, et moi, sans nous consulter, faisons la course au buffet pour savoir à qui la plus grosse part du fabuleux trésor, laissant en rade quelques cousins et même une tante. L’unique 100 mètres haies que j’aie gagné. Je m’empare séance tenante de mon trophée et en fais une seule bouchée.
Bouchée que je recrache aussitôt.
Mon palais et ma langue sont en feu ! La tarte sortait droit du four. J’ai quand même eu le temps de goûter aux gluants des oignons. Plutôt dégueu comme consistance, et de saveur carrément rebutante.
Je suis vite consolée par un sorbet au corossol. Il n’en demeure pas moins qu’après conciliabule et à l’unanimité, la jeune génération, dont je faisais partie à l’époque, décide de la surnommer « tata l’oignon ». [If you know, you know]
Fast forward, 45 ans plus tard.
Je suis aux fourneaux, un dimanche, de bon matin, le livre de recettes de Blue posé sur la table, la farine plein les mains et au visage, je bataille ferme avec une béchamel aux grumeaux, espérant conquérir le goût de la tarte à l’oignon de mon enfance.
Comme quoi, les cœurs d’artichauts et la tarte à l’oignon are an acquired taste.
24 septembre 2024
Propositions



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