J’arrive les cheveux en bataille, gardant encore quelques plumes de mon édredon, après avoir tant bien que mal garé ma voiture. Je m’extrais millimètre par millimètre de l’étroit couloir que j’ai su créer entre mon véhicule et le mur des lamentations qui observe mes acrobaties. Tout ça pour recevoir ma seconde douche froide [la première était intentionnelle, réchauffement planétaire oblige].
— Madame N sera absente, me dit Madame S au regard somnolant.
Phrase laconique sous fond de La Bohème de Charles Aznavour, plus déprimant que jamais, qui s’échappe du haut-parleur. Et me donne envie de mourir.
Incrédule, je m’exclame :
— J’ai pourtant pris rendez-vous hier pour 10 h 30, et personne n’a vérifié qu’elle avait des rendez-vous pour le lendemain, ou jugé nécessaire de me prévenir et d’annuler ? [Je suis très soupe au lait et m’énerve au quart de tour]
Sous le coup de la colère, tandis que la belle endormie essaye de me proposer une solution que je n’écoute même pas, je dis simplement :
— Je garde le rendez-vous mani pédi, après je rentre chez moi !
Le cœur gros, m’adressant aux dieux tutélaires, leur disant que la prochaine fois que Madame N demandera de mes nouvelles, vous lui répondrez que Madame D est aux abonnées absentes.
Je sors fumer une cigarette. Histoire de me calmer et de laisser ma méditation matinale faire son effet. Méditation qui m’assurait une journée libre de tous liens toxiques, pleine d’énergie et de sérénité. De plus, la certitude que je saurais faire face à n’importe quelle situation.
Et pour cause !
En début d’après-midi, sous un ciel bleu caraïbe sans nuage, je me retrouve rouquine.
Yon ti flanm dife, me dira ma grand-mère plus tard. Elle qui, si elle n’a plus toute sa tête, garde une excellente vue et son sens de l’humour.
Aux mèches blondes qui donnent l’impression que je suis chauve par endroits s’associe du rouge flamboyant concurrençant les fleurs de l’arbre. Je sors du salon de beauté, laissant derrière moi la moitié de ma chevelure en détresse au sol [probablement ces fameux liens toxiques], qu’un coup de balai enverra aux poubelles ; et l’autre crâne tout feu tout flamme sur ma tête.
Il est venu, le temps des foulards, je ne serai point Rapunzel.
7 octobre 2018 / retouché le 28 août 2024
Propositions



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